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  Les sorties 2005 de l'association                      Autres sorties

23 avril 2005 Château de Conduché et Borie de Savannac

Les lilas embaumaient en ce 23e d'avril, jour de notre première sortie de l'année. Notre président avait réuni ses cinquante cinq ouailles (selon le conteur) dans un petit carré d'herbes fleuri coincé entre un parking poussiéreux et deux entrepôts de matériaux dignes d'un décor pour thriller. Emergeait de l'autre côté de la route, une haute construction assez imposante pour mériter le qualificatif de château.

D'ailleurs ce château de Conduché attendait notre visite comme nous en informait notre Président en évoquant le programme de cet après-midi qui incluait en seconde partie la Borie de Savanac. Ces deux ensembles architecturaux, modestes certes, étaient tombés entres les mains de deux passionnés de restauration et de réaménagement et c'est le résultat de leurs travaux bien engagés que nous venions apprécier.

Le premier de ces châteaux est une grande construction en hauteur comprenant deux corps de bâtiment soudés et faisant un angle imperceptible. Il regarde de ses fenêtres à meneaux le triste décor qui s'étale à ses pieds mais le regard s'élevant l'oublie vite et subit les sortilèges de la vallée du Lot. Le propriétaire et maître d'oeuvre Monsieur Frédéric David, assisté de son papa et de Monsieur Salvage, historien, nous accueillent et, nous divisant en trois groupes, nous entraînent dans la visite commentée des travaux qu'il y a entrepris depuis six ans. Aidé seulement par son père, c'est une tâche immense. Son objectif est de redonner à cette vaste construction comportant un corps du XV - XVI èmes siècles, et un second du XVII èmes une certaine unité en tentant de rétablir les choix architecturaux et décoratifs d'origine.

Or les sources manquent en grande partie et le temps, les anciens aménageurs ou utilisateurs ont fait disparaître bien des éléments essentiels. Mais Monsieur David a déjà réussi bien des miracles. C'est avec beaucoup de simplicité et de compétence qu’il nous parle de ses recherches et de ses travaux. Nous lui en sommes très reconnaissants. Nous avons noté une cave grotte étonnante et, dans la salle du XV ème siècle salle du Seigneur, un beau dallage rustique dessinant un jeu algorithmique.

La Borie de Savanac est mieux connue, déjà présentée dans des revues spécialisées. Monsieur et Madame Schmitter, propriétaires d'une partie de l'ensemble de la Borie (et c'est un problème), nous accueillent avec une simplicité de toute élégance. Mais c'est d'abord Madame Laurence Toulet du CAUE du Lot qui nous présente la construction et le projet d'aménagement en partie réalisés. Le choix d'éviter le pastiche dans les parties disparues et de marier le moderne aux décors médiévaux subsistants et restaurés, destinant la vénérable borie à abriter des logements de caractère pour "villégiaturants" a été accueilli favorablement par les instances régionales qui encouragent de telles initiatives.

Monsieur et Madame Schmitter sont ébéniste et restaurateur d'oeuvres d'art. Ce sont des artistes d'une grande rigueur. Ils nous expliquent que les réalisations que nous pouvons admirer ont avancé lentement, ce qui leur a donné le temps de la réflexion avant le choix des stratégies. La compagnie s'égaillant dans les différentes pièces des deux appartements, certaines achevées, d'autres encore en travaux, s'émerveille de la qualité de la conception et de l'extrême finesse de la réalisation. Le métal et le béton contemporains s'intégrent parfaitement avec les vieilles pierres, les solives ancestrales et les ouvertures médiévales.

L'austérité moderne n'est guère éloignée de l'austérité d'un certain quatorzième siècle. Tout le charme vient de la simplicité apparente et de l'harmonie douce des volumes et des tons. Il fut difficile d'arracher un certain nombre d'entre nous au charme de cette demeure et de leurs talentueux restaurateurs. Un pot amical et final sonnait l'heure du départ. Le temps avait passé bien joliment.

Henri Renault


10 juin 2005 Château de Grèzes et bourg d'Assier

Ce vendredi 10 juin, nous nous abritions d’un soleil ardent sous les tilleuls en fleurs, admirant la majestueuse façade du château de Grèzes. Nous étions 56 visiteurs. Cette demi-journée était placée, comme nous l’expliquait notre président, sous le signe de la technique. Le château du XVIIe siècle, devenu Colonie de vacances puis délaissé, actuellement domaine municipal a subi quelques aménagements plus ou moins iconoclastes. Donné en gérance à M Lasquignes et Mme Monboisse, hôteliers-restaurateurs. Ils nous présentent leur projet de réhabilitation et d’adaptation à cette nouvelle destination : un hôtel avec restaurant, salle de réunions, séminaires, banquets divers.

Ce projet doit répondre à un cahier des charges très précis qui exige des réponses aux besoins d’économies d’énergie ; de préservations de l’environnement et du patrimoine. Les aides publiques venant principalement des fonds régionaux, des structures comme le Parc Naturel des Causses sont assujetties à ces exigences.M. Lasquignes nous présente ce qui est déjà réalisé.

Pour la restauration et l’aménagement du château, sa politique est de ne pas revenir sur ce qui a été détruit et de remettre en valeur ce qui a subsisté (un beau dallage de pierres dans une pièce au rez-de-chaussée ressorti de sa couche de béton). L’essentiel n’est peut-être pas là. Le gérant nous emmène dans la cour du bâtiment annexe, construit en 1950 par le Centre de vacances. C’est maintenant une suite de chambres de plain-pied. Mais sur l’un des toits, s’étale une belle surface de 25 + 10 m2 de capteurs solaires. L’exposition est plein sud et la pente de 45°.

Cette installation couplée à une chaudière au fioul est capable d’alimenter les sanitaires, les lave linge, les lave vaisselle. L’économie d’énergie n’est pas négligeable. Melle Péguin, représentant l’association Quercy Energie nous apporte quelques précisions techniques. A cette installation s’ajoute un ensemble de mesures pour les mêmes objectifs : lampes basse tension lorsque cela est possible, une déchetterie… Notre hôte attend sa labellisation « Certification Internationale ISO 14001 ».

En conclusion, le président nous rappelle que ce qui est un exemple aujourd’hui est appelé à se généraliser dans les temps qui viennent. En seconde partie, devant l’étonnante Eglise-tombeau d’Assier, M. le Maire nous entretient des problèmes d’urbanisme qu’essaie de résoudre sa commune, toujours dans un contexte de respect de l’environnement et du patrimoine, très riche et monumental pour ce village aux modestes dimensions. Comment développer en préservant le caractère rural qui exige de ne pas dépasser 900 à 1000 habitants.

L’ouverture de l’autoroute et des aménagements routiers conséquents apportent une pression démographique et donc foncière sur la commune. Le P.L.U. s’engage vers une solution de « hameaux » pour l’habitat. Ceci empêche toute dissémination mangeuse d’espace et coûteuse. Ces unités sont réalisées en évitant l’esprit « cité ». Une politique volontaire a permis le maintien ou l’installation de commerces sur le centre du village : une boulangerie, une épicerie, une boucherie, quatre café et restaurants rétablissant une vie sociale sur la commune.

Par ailleurs le « couderc », vaste espace encerclé par un réseau de routes au trafic important, isole la magnifique église que l’on ne peut séparer du château tout proche.Le projet consisterait à reporter sur les confins ces voies routières afin de rendre cet espace au public et de le mettre en harmonie avec le monument aristocratique qui le domine. Ces projets qui répondent à une volonté de développement raisonné respectueux de l’environnement et du patrimoine reçoivent le soutien des instances régionales et du Parc Naturel des Causses du Quercy. Le verre de l’amitié terminait dans la cordialité un bel après-midi riche d’enseignements.

Henri Renault

6 août 2005 Gagnac sur Cère et Cahus

Une belle journée estivale nous rassemble en bord de Cère pour une visite de Gagnac, bourg retiré des grands axes routiers à l’est des premiers contreforts du Ségala.

Souvent modifié au cours de l'histoire (ganhac, ganhat, ganiat, gaignac…), le nom de Gagnac, avec sa terminaison en « ac » (ou « at ») pourrait témoigner d’une installation gallo-romaine. Il est un signe d'ancienneté comme celui de Saint-Martin, patronyme attribué à l’église du fort.

Au temps de la féodalité, Gagnac fut une des châtellenies du Quercy, plus étendue que la commune actuelle, avec un châtelain et plusieurs " petits seigneurs ". Sa situation lui valait de contrôler une " route du sel " vers l'Auvergne et le flottage des bois sur la Cère. Dévasté pendant la Guerre de cent ans, le bourg reconstruit fut de nouveau endommagé au cours des Guerres de religion.

Vendu à la couronne avec la vicomté de Turenne, Gagnac est intégré au Royaume de France, une Prévôté royale y est créée, signe de son importance réaffirmée.

Sous la conduite de nos guides Mme Ducoux, guide-conférencière et Mme Toulet architecte au CAUE du Lot, notre cheminement nous permet de reconnaître la structure de forme circulaire d’un fort ancien dont une porte médiévale a été conservée. Nous découvrons dans le dédale des petites ruelles les maisons blotties, autour de l'église.

Au-delà de l'enceinte et de la rue qui occupe l'emplacement des anciens fossés, d'autres maisons forment les "barris" (faubourgs), où elles se répartissent en plusieurs couronnes. Toitures « à la Mansart », structures des murs faites de matériaux locaux : galets de la Dordogne et roches métamorphiques, dont la jolie serpentine ; un habitat en grande partie sauvegardé qui mérite une profonde découverte.

Nous nous rendons ensuite dans la maison des associations sur l’invitation de M. Larue, adjoint au maire, lequel nous commente l’opération C½ur de Village, action coordonnée avec le PLU et nous achevons cette matinée par un rafraîchissement.Notre pause déjeuner en l’Hostellerie Belle Rive nous fait connaître une des Bonnes Tables du Lot, une appartenance largement méritée.L’après-midi, petit déplacement en direction du bourg de Cahus dominant la vallée du haut de ses 450 mètres. Conduits par Melle Kempler, animatrice du patrimoine à l’Association de Développement de la Vallée de la Dordogne, et par M. Mallemouche, maire et Président de la Communauté de Communes.

Des haltes successives nous amènent à découvrir une grange-étable si caractéristique des confins du Ségala, et, plus loin, un remarquable ensemble d’habitation rurale traditionnelle habilement restaurée, sans oublier les grangettes, « sécadous », fournils et puits qui restent les témoins d’une vie rurale révolue. Citons également l’église St-Bonnet et son superbe clocheton. La journée s’achève par le verre de l’amitié offert par notre hôte à la salle des fêtes.

Gilles Chevriau



29 octobre 2005 Montpezat est en Quercy

Ce 29 octobre à la température estivale, notre groupe se retrouvait au pied de l’imposante collégiale de Montpezat en Quercy, dominant impérieusement le moutonnement large des croupes du Bas Quercy .

Notre président nous invite à pénétrer dans le vaisseau. Nous avons eu le temps d’apprécier la sobriété massive d’une construction dénuée de toutes décorations superflues. L’assise large est une des caractéristiques du gothique méridional. L’intérieur est de la même sobriété. Les ouvertures, rares et de peu d’envergure, laissent passer cependant assez de lumière bien réfléchie par la blancheur des grands murs et des piliers. Ces premières impressions reçues, les cinquante cinq fidèles réunis dans les bancs de la nef reçoivent le programme présenté par notre président.

Monsieur Moreau, Président des Amis de la Collégiale, nous fait l’historique et nous explique l’architecture du bâtiment. Cette importante église paroissiale, peu en rapport avec la taille du bourg, est l’½uvre du Cardinal Desprée, issu d’une famille importante ayant succédé aux Montpezat. Cet homme d’Eglise devait son ascension à ses relations avec le Pape. Ainsi, bénéficiant de privilèges, il fait édifier cette Eglise qui doit être aussi bien lieu de culte paroissial et l’asile de son tombeau. Il fonde cette collégiale animée par un Chapitre de quinze chanoines, personnages plus ou moins important. Ce nouvel édifice est voué alors à Saint-Martin, l’apôtre de la charité.

La structure est d’une lisibilité parfaite car d’une simplicité monacale, sans décorations ou statues. L’abside est à trois pans, une nef en cinq travées séparant six chapelles sans autres ornements que les niches nécessaires au culte. En contraste avec cette sobre nudité, une série de superbes tapisseries flamandes du XVI ème siècle, fraîches de couleurs, animées de personnages caractérisés, dans un décor de fines plantes et fleurs, riche de détails étonnants, truculents ou touchants, fait le tour complet du vaste ch½ur. Elle relate abondamment l’histoire légendaire de Saint-Martin.

Monsieur Moreau nous en décrypte les beautés et mystères avec science et simplicité. Nous lui devons bien des remerciements pour ses talents de guides. Talents qu’il met ensuite au service de la visite commentée de la ville dans laquelle il nous entraîne. Un large mail essentiellement en escaliers remplaçant l’ancien château démonté sous la Révolution nous conduit à la place centrale du bourg qui à ce moment respire la paix et le silence. La place aligne sur deux de ses trois côtés des maisons élégantes ayant gardé pour la plupart leur couvert sous arcades et témoignent de l’importance de l’industrie drapière qui fit la richesse de la cité.

Après la ville, la campagne ! Nous nous retrouvons au fond d’un bois, face à une petite église toute de rusticité. L’intérieur pleure l’abandon. La nef et le ch½ur étroits et sombres sont dépouillés de tout meuble rituel. C’est Monsieur Urbain qui nous présente l’édifice dans son histoire. L’Eglise construite aux XIV ème et XVI ème est abandonnée au XIX ème. Une tentative de réanimation en 1912 reste un échec. Ensuite il nous détaille ce qui étonne en entrant : les murs entièrement couverts de fresques, enfin ce qui en subsiste.

L’iconographie est rustique. Elle est à fresque pour la partie du XIV, ch½ur et première travée, à la détrempe pour le reste. Elle narre la vie du Christ, qui apparaît d’ailleurs en majesté sur la voûte du ch½ur. Certes il existe bien des lacunes dans la décoration, le support s’étant détaché des murs. A remarquer aussi les deux coupoles de la nef qui rappellent un peu les constructions du causse. L’atmosphère de cette modeste église rurale nous plonge un peu dans quelque chapelle orthodoxe perdue dans un décor moscovite.

La demi-journée s’achève par la visite de la Lécune, ancien prieuré attesté depuis le XI ème siècle par les textes, depuis Charlemagne, selon la légende. Ce qui nous voyons est un superbe ensemble de bâtiments à fonction agricole. La maison de maître s’impose par son importance qui resplendit de raison, de droiture et de lumière.

Cet ensemble architectural a été restauré avec énergie et attention par Monsieur Morisson Alester, ressortissant écossais, qui, bien gracieusement nous a ouvert sa propriété. Il est absent, mais c’est Monsieur Cubayne, l’ancien propriétaire qui nous accueille avec chaleur.C’est Monsieur Cazes qui va nous délivrer tous les mystères de cet ensemble. En fait, nous sommes sur les lieux de l’ancien prieuré,non classé certes, mais important par son passé.On en trouve des traces dans des documents du XI ème siècle. Son histoire comme on s’en doute ne manque pas d’évènements.Une Prieuré devenue Parfaite accueille des Albigeois par exemple. En 1321, les Clarisse de Castelnaud des Vaux (Montratier) s’y établissent. En 1760, il ne reste que deux religieuses. C’est l’abandon, bientôt la ruine. La maison actuelle et ses environs cachent en fait les fondations des anciens bâtiments orientés tout autrement. Des travaux de terrassement ont permis de mettre à jour deux silos et surtout des tombes médiévales et rupestres. Les relevés ont été effectués par Madame Christine Barret et l’association A.B.A.Q.U.E.

Ce riche après-midi s’achève par le pot de l’amitié qui permet de bien utiles et agréables rencontres en petits comités.

Henri Renault