5 et 6 août : Journées patrimoine à Saint-Martin de Vers

, par Gilles

Quelles belles journées ces 5 et 6 Août 2016, passées dans le très joli village de St-Martin de Vers tout nimbé d’un soleil généreux. Ces deux “Journées du Patrimoine des Causses du Quercy” organisées par la Municipalité, l’association Les sentiers de vie en Quercy, la Communauté de communes de Labastide-Murat et le Parc Naturel Régional des Causses du Quercy préludent à la fête du Village. Quelle excellente chose d’unir les nombreuses associations de défense du patrimoine si chères à beaucoup de visiteurs. Les stands s’établissent dans les ruelles, passages, rues, places et grande prairie du village. Les produits locaux et artisans, autres patrimoines se sont joints aux associations. Ainsi s’organisent d’heureuses déambulations champêtres rythmées aux joyeux trépignements des chevaux, petits et grands qui courent le village et la prairie au milieu des stands, transportant grands et petits. Le stand de notre Association est voisin de celui de Maisons Paysannes. Nos adhérents, entre autres vont assister aux différents ateliers, conférences et tours de tables prévus au programme de ces deux journées.

Premier acte : une sortie botanique, le matin du 5, sous la houlette de Monsieur Marc Esslinger, naturaliste et animateur à Lot nature. D’abord un peu de géographie. Le village est en fond de vallée : des prairies de fauche, des pelouses humides et fraîches, des abords de rivière, des abords de bois sur les versants, déterminant pour chacun de ces espaces une flore spécifique et appelant des aménagements obligés du paysage. Notre guide ne se lasse pas, en latin et bon français, à nommer chacune des plantes découvertes. Nous ne sommes pas à l’abri de quelques questions pièges. Aussi le public est passionné. La science de notre guide semble inépuisable et sa pédagogie est celle d’un maître.

A quatorze heures est présenté et commenté le Plan Paysage effectué dans le cadre du Plan Local d’Urbanisme de la Communauté de Communes de Labastide Murat par Mme Géralde Nivel Costeraste, maire de Nadillac. Les plans et documents sont exposés dans une tente plantée au beau milieu de la prairie. Ils sont présentés et commentés par de bien agréables animatrices. Les discussions qui en sont nées vont se continuer lors de la table ronde qui suit et réunit associations, représentants des collectivités, réunion animée par Madame Catherine David. Les échanges sont nombreux et débutent par un tour de table où s’expriment les représentants des associations et responsables de collectivités. Se dégagent deux ou trois questions essentielles. Je ne citerai pour mémoire, j’espère ne pas trahir la pensée de l’auteur, en l’occurence Monsieur Philippe Andrieux : ”Le patrimoine est ce qui aide à la vie quotidienne. S’il n’est pas intégré dans cette vie quotidienne, il est condamné !”
Les échanges de cette table ronde seront collationnés par Madame David et envoyés aux participants. Un vin d’honneur est offert par la Municipalité afin de clore cette riche journée.

Le samedi 6 août s’annonce, comme la veille sous les meilleurs auspices : temps clair, soleil généreux, village rayonnant. Monsieur le maire nous accueille par un petit discours amène, soucieux qu’il est de nous apporter l’aide et les encouragements nécessaires aux travaux de ce jour, travaux qui illustreront les discours tenus la veille sur le respect et l’aménagement à apporter au patrimoine, grand et petit.
La journée s’ouvre sur la visite commentée du village. Nos guides, Monsieur Larribe, directeur du CAUE du Lot et Monsieur Séraphin, architecte du patrimoine, archéologue du bâti qui nous suivront tout le long de la journée. Nous sommes au moins une cinquantaine de personnes à leur emboiter le pas. Ils nous entrainent sur une petite butte permettant une vue sur le village et son environnement. La vallée est assez large et est constitué d’un sol calcaire et marneux. Le relief est “doux” et boisé. Les fonds de vallée sont constitués de prairies humides. Les plantations de peupliers noirs donnent la verticalité au paysage. Les prairies sont de fauche. C’est une zone inondable qui appelle des constructions à étages. L’ensemble est intégré au complexe “Natura 2000”. Il y est nécessaire de maintenir un équilibre, une harmonie entre la protection et l’adaptation au milieu. Dans le village aucune trace de maisons médiévales. Il semblerait qu’alors l’habitat fut dispersé. Son regroupement serait le résultat d’une “révolution”, d’ordre économique, par exemple. Nous nous regroupons autour d’un plan du village actuel. L’origine en est un prieuré institué par l’Abbaye de Marcilhac. Ce regroupement urbain est un “point patrimonial”. Une question se pose : comment vivre au XXIe siècle dans un habitat ancien ? Ainsi le bâti utile ( granges et autres) l’emportent largement sur l’habitat lui-même, par ses dimensions et souvent par la qualité. Au cours du temps les maisons ont acquis bolet et balcon avec balustrade, le tout en bois. Les épis de faîtage (symboles cérémoniels ?) expriment la volonté en dernier ressort d’améliorer la maison. Les tours qui dominent le village annoncent des maisons de maître. L’imposant clocher-peigne de l’église est un signe fort pour le village. Durant notre pérégrination, nous rencontrons bien des maisons et granges qui méritent une attention particulière.
Les moulins furent nombreux, jusqu’au nombre de trente six sur le site : volonté de gérer l’eau au mieux. Dans beaucoup de jardins, persiste la présence d’un ou plusieurs pruniers d’une très vieille variété, d’origine romaine dit-on. Elle est un autre signe du village.
Pénétrons dans l’église fortifiée en présence de Monsieur Nicolas Bru Conservateur des antiquités et objets d’art au Conseil départemental du Lot. Remarquons la masse du clocher, un mur incurvé. L’église est de style roman au départ. L’histoire et ses aléas l’ont malmenée et rendu son ensemble complexe. Entre le XVe et XVIe siècles, elle subit des changements importants et profonds : destructions constructions concernant le choeur, la nef, les chapelles… les deux murs de la nef ne sont pas parallèles, la présence de deux colonnes sans fonction, croisée d’ogives inutile puisque la nef est en berceau. En ces temps, plusieurs seigneurs ont des droits sur l’église et le village. Ceci expliquerait-il cela ?
Ce qui reste remarquable est l’imposant retable. Il est encadré et divisé par quatre colonnes torsadées avec chapiteaux corinthiens du meilleur effet. Au centre, un tableau représentant Saint Martin partageant son manteau, à gauche des éléments liturgiques repeints à la fin du XVIIe, à droite image symbolique de la Foi sur un trône, une grande croix à trois branches, les instruments de la Passion. Au-dessus les voûtes sont illustrées par des représentations de l’Espérance, les Evangiles, l’Arche d’Alliance. Les couleurs ont pâli avec le temps.

En fin de journée,une bien belle conférence sur le paysage, la faune et la flore est donnée par Marc Esslinger, naturaliste et animateur à Lot nature. La projection de très belles photos d’oiseau et petits mammifères est complétée avec le son de leurs cris ou de leurs chants. Il en ressort une grande poésie. Une façon mémorable de clore ces deux journées. Que faire de plus que de se quitter sur le traditionnel verre de l’amitié après avoir remercié nos hôtes et nos guides si talentueux ?

Henri Renault