Actions de sensibilisation en liaison avec les Services départementaux
de l'Architecture et du Patrimoine (S.D.A.P.) et le Conseil d'Architecture
d'Urbanisme et de l'Environnement (C.A.U.E.) :
- Sorties permettant la présentations de cas concrets sous la direction
de professionnels du bâti.
- Conférences relatives à notre patrimoine
- Fournitures d'informations
- Participation active à diverses commissions départementales : sites, carrières,
environnement, etc
- Réalisation et diffusion de notes d'information
Actions de sauvegarde :
- De notre petit patrimoine : sensibilisation, information sur les aides
financières
- Contribution ponctuelles à la sauvegarde de constructions et de sites
de qualité
- Appui à des associations adhérentes et dont les membres travaillent de
leurs mains à sauver notre patrimoine
- Interventions à l'occasion de projets concernant l'environnement : lignes
électriques, projets routiers et autoroutiers, carrières, publicité abusive,
décharges, constructions abusives, etc.
Qu'avons-nous fait à ce jour ?
En 1966 sous l'impulsion du Docteur Cayla, originaire du Lot, nous avons
commencé à œuvrer pour la sauvegarde et la mise en valeur de notre architecture,
de nos paysages, pour la recherche d'une architecture contemporaine conçue
dans un esprit quercynois. Le Docteur Cayla était un précurseur. La qualité,
l'originalité de l'architecture traditionnelle de nos maisons et villages,
la variété et l'abondance du petit patrimoine constituaient un capital.
Ce capital, il convenait de le sauvegarder et de le mettre en valeur, car
il représente non seulement une richesse esthétique, historique et sentimentale
mais aussi une source d'activité économique, artisanale et touristique.
Les résidents secondaires en étaient conscients. Les Lotois, propriétaires,
artisans, élus, responsables administratifs, beaucoup moins. Ce patrimoine,
ils ne le voyaient pas. Très ouverts aux influences extérieures, ils le
dénaturaient faute de savoir faire ou de prise de conscience.
Nos efforts ont porté d'abord sur l'architecture rurale traditionnelle.
Nous avons par la suite soutenu les recherches pour une architecture contemporaine
spécifique et porté notre attention sur la mise en valeur du petit patrimoine.
L'action de notre actuel Président d'honneur, M. Michel Denieul, alors Préfet
du lot, a été décisive. Rappelons qu'il est le créateur du Fonds Denieul
et de l'Assistance Architecturale, maintenant CAUE, qui a œuvré dans le
même sens que nous mais avec des moyens incomparables aux nôtres. Enfin
nous nous sommes davantage investis dans la protection de sites particuliers
menacés et dans les problèmes de paysages. Comment être efficace? On sait
faire des études, on sait beaucoup moins bien en mettre en œuvre les conclusions.
Nous
nous sommes d'abord adressés aux Lotois, propriétaires du patrimoine, aux
artisans dont le rôle est essentiel puisque les propriétaires leur confient
ce patrimoine, aux élus bien sûr, pour le leur faire découvrir et les sensibiliser
à sa qualité, sa fragilité, sa valeur. Nous avons essayé de faire passer
des messages techniques simples, du type "faire ne pas faire",
indispensables et encore trop souvent d'actualité. Par la suite nos efforts
ont parfois été plus ciblés : par exemple vers les jeunes des établissements
d'enseignement avec !'Inspection Académique ou les agriculteurs avec la
Chambre d'Agriculture. Nous avons disposé de fort peu de moyens financiers,
les cotisations de nos adhérents, mais trouvé en notre sein beaucoup de
conviction, de bonne volonté, de disponibilité, de compétence aussi grâce
à la présence des Bâtiments de France, du CAUE, de la DDAF, d'architectes
de renom. Notre "arme", c'est la persuasion, le verbe, qui, dans
un pays comme le nôtre, a une efficacité certaine. Nous avons toujours essayé
de jouer la concertation.
Quand nous regardons en arrière, nous croyons avoir contribué à la prise
de conscience de la valeur de notre patrimoine, de la nécessité de le sauvegarder
et participé au développement de cette richesse économique qu'est le tourisme
culturel. II nous faut maintenant aller plus loin, en particulier soutenir
cet intérêt, enfin manifesté, pour nos paysages. II nous faut faire un travail
toujours renouvelé. Ces différentes actions se sont appuyées notamment sur
deux sorties annuelles permettant d'inventorier un secteur limité du Quercy
ou de ses environs immédiats. C'est l'occasion de contacts avec les occupants
des constructions ou des sites et les diverses autorités, de découvertes,
d'information concrète et de sensibilisation au patrimoine.
Restaurer ou construire son habitat.
A la fin des années cinquante et pendant les années soixante, la France
a connu une véritable révolution dans l'art de bâtir. Elle avait son origine
dans la demande croissante en logements, dans la recherche du "modernisme"
et le rejet de traditions qui étaient considérées comme dépassées.
L'habitat
ancien était souvent abandonné, il ne correspondait plus aux désirs bien
compréhensibles de la population qui souhaitait des logements au goût du
jour, bien éclairés, avec tous les éléments de confort. Les rares fois où
des réhabilitations d'existant étaient envisagées, le caractère traditionnel
était dénaturé par l'ouverture de baies, par des crépis tyroliens à l'aspect
grossier et mécanique, etc. Les administrations concouraient à cette perte
du patrimoine par des encouragements financiers importants privilégiant
la construction de pavillons sur plans types agréés (plans "Courant",
du nom du Ministre de l'époque), utilisables quelle que soit la région et
donc banalisés à l'extrême et d'une grande pauvreté architecturale. Si les
propriétaires de maisons anciennes refusaient cette facilité et n'aspiraient
qu'à rendre plus confortable l'existant, ils étaient soumis à de multiples
contraintes ou pressions s'ils tentaient d'obtenir un Permis de Construire
et une aide financière. Sans se soucier aucunement de l'esthétique, les
ingénieurs de la construction et de l'urbanisme, ceux du génie rural, exigeaient
en particulier le respect des normes d'éclairement naturel (1/6e de la surface
des pièces, avec cependant quelques tolérances dans le bâti ancien). Certains
conseilleurs allaient jusqu'à préconiser l'implantation de la cuisine dans
le "cantou" (situé traditionnellement en pignon), agrémentée d'une
grande baie horizontale percée dans le mur de la cheminée, moins épais,
donc plus facile à percer. C'est en réaction à cette tendance, qui mettait
en péril le patrimoine très important que représentent les maisons rurales
isolées ou les ensembles de constructions groupées dans les villages, que
des associations comme la nôtre se sont lancées dans la lutte pour la sauvegarde
du domaine bâti et des sites que nous avaient légués les générations passées.
A l'époque, et vu l'incompréhension générale, nous avons, en suivant les
pas du Docteur Cayla, lancé une croisade contre cet état d'esprit. Vu l'urgence
et la poussée des modernistes, nous étions très directifs et notre première
brochure en témoigne. Nous y précisions, par l'écrit ou le croquis, "ce
qu'il ne fallait pas faire" et "ce qu'il fallait faire".
Nous sommes descendus dans la rue, avec les artisans en particulier, pour
critiquer telle ou telle restauration, tel ou tel détail. Notre action a
contribué, avec les interventions de l'Architecte des Bâtiments de France,
l'Assistance Architecturale (actuel CAUE, à renverser la tendance et globalement
à amener une prise de conscience du risque de destruction du patrimoine
bâti, des sites et paysages, avec les incidences aussi bien sur le plan
culturel qu'économique par les retombées du tourisme.
Cette première bataille ayant été gagnée, nous pouvons envisager maintenant
une action plus nuancée. Le message à transmettre devient essentiellement
un encouragement à l'analyse du domaine bâti et du site de la construction.
Nous ne devons plus être passéistes et intransigeants, comme le sont encore
certaines associations.
Dans le domaine bâti existant il faut rechercher :
• les points forts à mettre en valeur ;
• les outrages du temps à réparer (causés par l'homme ou les intempéries) ;
• les matériaux à privilégier ;
• les anachronismes à tenter de supprimer.
A
ce niveau de la réflexion, il faut bien entendu ajouter que, sauf exception
justifiée par la mauvaise qualité de l'architecture, chaque bâtiment doit
être restauré avec le caractère voulu lors de la construction si son architecture
reste lisible. Nous irions à l'encontre de l'esprit de patrimoine en conseillant
la transformation d'une maison "Modern style", par exemple, en
style quercynois traditionnel. Dans le domaine de la construction neuve
les pastiches ne s'imposent pas, sauf dans des cas bien précis où l'unité
d'un site est à sauvegarder; et même dans ce cas, une interprétation moderne
respectant les dominantes de l'architecture est très souvent préférable.
Des constructions isolées appellent même souvent, pour être bien intégrées,
une architecture moderne très simple de ligne, largement vitrée qui aura
un impact plus faible sur le paysage que des formes traditionnelles.
Implantation d'un bâtiment neuf dans un site ou un paysage de caractère.
L'emplacement de la construction est prédominant quelle que soit la qualité
architecturale du projet, l'emplacement est-il judicieux, le nouveau bâtiment
ne risque-t-il pas de porter une atteinte grave et irrémédiable à la qualité
du site? Le constructeur qui a choisi un terrain, en recherchant une vue
panoramique, doit aimer les paysages et donc admettre qu'il faut éviter
d'y porter atteinte, comme le ferait par exemple une implantation sur une
ligne de crête.
Le choix des matériaux.
II est encore évident que les matériaux de gros-œuvre traditionnels sont
à privilégier : maçonnerie pierre, crépi, couverture. Dans tous les
cas, il faut au préalable analyser les constructions voisines pour respecter
les matériaux locaux, en particulier dans notre département, où ils peuvent
changer d'un village à l'autre (pierre calcaire, grès, granit, tuiles plates,
canals, etc.). La réponse sera beaucoup plus nuancée pour les matériaux
de second œuvre, et en particulier les menuiseries. II est indéniable qu'un
grand vitrage dans une ouverture traditionnelle met en valeur sa proportion,
son encadrement, etc. et augmente la clarté intérieure. Des menuiseries
bien adaptées, en aluminium ou en acier, sont tout à fait envisageables.
En conclusion, notre rôle en matière de construction reste la sensibilisation
de tous ceux qui interviennent sur le bâti ou le paysage. Mais au lieu de
leur imposer des recettes, encourageons-les à prendre le recul nécessaire;
à faire, éventuellement avec notre aide, l'analyse détaillée de l'environnement
et la réflexion qui en découle pour en tirer de bons exemples à suivre ou
de mauvais à éviter. Il faut également, malgré les progrès constatés, que
notre association reste vigilante et prête à dénoncer si besoin est, c'est-à-dire
le plus en amont possible, toutes les atteintes portées aux "Maisons
et Paysages du Quercy".
Restaurer, une responsabilité collective.
Plus que toute autre région, le Quercy offre une variété de paysages enrichis
par la diversité d’une architecture rurale traditionnelle, particulièrement
remarquable.
Ce patrimoine rural issu de la vie quotidienne, est encore peu protégé;
pourtant les maisons, les granges, toutes les petites constructions d'accompagnement
propres à des activités agricoles disparues, prennent une valeur de témoignage
et méritent d'être préservées. Reconnues aujourd'hui comme porteuses d’une
identité locale et représentatives des traditions du monde rural, elles
sont autant d'objets importants pour la connaissance et l'étude historique,
ethnologique ou sociologique du Quercy.
Identifier l'intérêt d'un patrimoine.
Le dépeuplement qu'ont connu les campagnes du Quercy laisse à l'abandon
un patrimoine important. Le nombre de maisons à restaurer empêche d'envisager
une préservation globale et intègre de tous ces bâtiments, même si ces témoignages
sont encore porteurs de messages. Pour certaines constructions, particulièrement
représentatives ou exceptionnelles, d'un intérêt historique ou ethnologique
indéniable, il faut affirmer la nécessité d'une préservation sans possibilité
d'usage contemporain. Il est alors nécessaire de rechercher des actions
et développer des moyens qui permettent leur restauration et leur protection.
Pour d'autres architectures, plus quotidiennes, la sauvegarde passe par
une nouvelle affectation. Ces bâtiments se prêtent facilement à des changements
d'usages : créer une maison d'habitation agréable, offrir un hébergement
touristique de charme ou même un équipement public de qualité...
Ils
sont aussi le support d’animation pour développer un tourisme de découverte
et de visite. Ainsi construire signifie de plus en plus souvent, dans notre
département, transformer ou reconvertir un bâtiment existant. Mais cette
démarche n'est pas garante d'une restauration de qualité. Trop souvent la
reconversion envisagée entraîne pour ce patrimoine la perte de son sens
profond et d'une part de son authenticité.
Il est nécessaire de prendre conscience que chaque acte de restauration
individuel est porteur d'une responsabilité collective de sauvegarde du
patrimoine.
Comprendre et interpréter.
Ces projets doivent avant tout se fonder sur une étude approfondie et demandent
une analyse précise des éléments qui fondent l'authenticité de cette architecture.
La rigueur d'une telle démarche doit permettre de dépasser le dilemme "conserver
ou transformer", en recherchant un équilibre sur des idées communes :
préserver la lecture de l'histoire du bâtiment et la réversibilité des travaux
envisagés. S'attachant à identifier les grands traits qui lui appartiennent
en propre et ceux qui le rattachent à des caractères locaux, elle permet
d'échapper aux effets d'une mémoire altérée et à la banalisation du style
"fermette à poutres apparentes". La qualité d'une restauration
est d'abord conditionnée par la sincérité de la démarche générale : donner
à comprendre les conditions de son édification, respecter l'échelle, l'équilibre
et les proportions des volumes existants, proscrire les maquillages et les
fausses solutions techniques, éviter le pittoresque, valoriser la simplicité
et les marques du temps...
II
faut réapprendre à voir, au-delà des apparences, l'épaisseur des matières,
la tension des techniques et le poids des traditions. Elle peut aussi réserver,
au-delà des éléments d'identité originaux qu'il faut impérativement maintenir,
une part à l'interprétation contemporaine. En effet toute intervention sur
un bâti existant n'est innocente, ni pour l'intégrité des témoignages de
l'architecture traditionnelle, ni pour la richesse d'invention de la création
contemporaine. Aborder le problème de la réaffectation d'une construction
existante ne consiste pas à ajouter simplement des éléments nouveaux, en
raisonnant en termes de cohérence, d'insertion ou d'intégration, mais à
mettre en place un nouvel usage s'insérant dans l'évolution du bâtiment.
Cela nécessite alors un vrai projet qui englobe tous les aspects de la création
architecturale au profit d'une conception unique : révéler l'espace d'origine
au-delà de son simple respect, le redécouvrir en terme de lumière, de matière
et de volume, réfléchir sur des habitudes préétablies pour s'adapter aux
lieux, rechercher des solutions fonctionnelles et techniques innovantes
qui respectent la logique constructive du bâtiment, à travers les questions
d'échelle et le raffinement des détails.
L'arsenal des moyens aujourd'hui à notre disposition doit conduire à plus
d'exigences : le savoir-faire des artisans qui retrouvent les techniques
anciennes dans le travail de la pierre, du bois, des enduits, associé aux
nouveaux matériaux qui permettent de donner aux bâtiments anciens les performances
nécessaires, ouvre des perspectives nouvelles pour mieux respecter et valoriser
cette architecture. La sensibilisation de tous les intervenants, artisans,
entrepreneurs, mais aussi maîtres d'ouvrages et maîtres d'œuvre, est déterminante
et un débat de fond sur les éléments d'authenticité du patrimoine reste
à poursuivre.